TD 4 - Homosexualité et genre : quelles différences entre orientation et identité sexuelles ?

Catégorie parente: Socialisation et groupes sociaux
Catégorie : La déviance est-elle un phénomène normal ?
Mis à jour le samedi 8 décembre 2012 17:15
Publié le dimanche 8 janvier 2012 12:40

Objectifs :
- approfondir les concepts de stigmatisation, étiquetage et déviance
- en lien avec le programme d’enseignement scientifique, distinguer orientation et identité sexuelle

 

Doc 1 - Paroles Mon Petit Mec Et Moi

(Tonio)
Mon petit mec et moi...
On se fait des câlins
On se fait des mamours
Et les autres on s'en fout
Mon petit mec et moi...
On se tient par la main
Et les gens tout autour
Ne regardent que nous
Mon petit mec et moi
On s'embrasse sur la bouche
... Quand je lui change sa couche !

(Frédo)
Ton petit mec et moi
On a rien besoin de se dire
Et quand on se comprend
C'est souvent par hasard
Ton petit mec et moi
On s'observe grandir
Tous les deux on s'apprend
Beaucoup par le regard
Ton petit mec et moi
On s'embrasse pas sur la bouche
Quand je lui change sa couche

(Tonio)
Depuis le divorce, pour la justice
Je vis tout seul avec mon fils
Mon ex étant hôtesse de l'air
Ca lui laisse peu d'temps pour être mère
Elle sait que j'suis dev'nu homo
(Frédo) Qu'on lui f'ra pas d'enfants dans l'dos
(Tonio) Elle t'apprécie, te trouve super
(Frédo) Elle dit qu'on fait une super paire de pères

(Frédo & Tonio) Pour les voisins, c'est différent
(Frédo) Deux pédés ça fait pas des parents
(Frédo & Tonio) Pour la «morale», n'en parlons pas
(Tonio) Même si Jésus avait deux papas
(Frédo) Pour la rumeur, ce s'rait trop dur
(Frédo) On s'rait deux pédophiles, c'est sûr
(Frédo & Tonio) Alors au jour des hétéros, on invite des copines au resto

(Tonio) Mon petit mec et moi
(Frédo) Ton petit mec et toi
(Frédo & Tonio) On est bien tous les trois, on est bien comme ça !

Ce titre est extrait de l'album : Moi D'abord

Année de sortie : 2005  |  Label : Atmosphériques

1- Discuter - Tonio et Fredo sont-ils « déviants » au sens sociologique du terme ?
2 - Expliquer - Pourquoi doivent-ils «  inviter des copines au resto » ?

 

Doc 2 - Homosexualité institutionnalisée et hétérosexualité sociale : le cas des Berdache

Chez de nombreuses populations indiennes d’Amérique du Nord (plus d’une centaine) existaient donc – jusqu’à la fin du XIXe siècle, et quelques cas sont encore connus jusque dans les années 1920 et même 1940 – des individus, hommes et en moindre proportion femmes, que les Européens dénommèrent (à tort) « berdaches ».

Ils/elles se sentaient appelé/es vers le genre social du sexe opposé, à la suite de rêves, de visions ou de préférences personnelles, dès l’enfance ou l’adolescence. Ceci était en général accepté par la société et parfois officialisé par un rite. Ils/elles adoptaient les tâches, comportements et vêtements de l’autre sexe/genre, totalement, ou en partie en mélangeant les deux genres. On les appelait parfois « Deux-Esprits » (Two-Spirits, dénomination qui tend à remplacer désormais celle de berdache chez les Amérindiens), ou bien « homme-femme » et « femme-homme ». C’est pourquoi on peut parler de troisième et quatrième genres, à côté des deux premiers genres : masculin et féminin. Enfin ils/elles étaient assez souvent crédité/es de pouvoirs spirituels particuliers. Notons aussi que le degré d’acceptation des berdaches par leur société semble avoir été variable.

Très souvent, les berdaches avaient des relations sexuelles ou se mariaient avec des personnes de même sexe, mais de genre opposé (par exemple une femme-homme avec une femme-femme). Selon Harriet Whitehead 2, les berdaches se conformaient ainsi « à une hétérosexualité sociale plutôt qu’anatomique ». Ce qu’on a longtemps appelé en ethnologie leur « homosexualité institutionnalisée » s’inscrit en fait dans une logique hétérosociale, où la différence, au moins des genres sinon des sexes, doit être maintenue.

Les berdaches étaient aussi parfois ce que nous appelons bisexuel/le/s, par exemple une femme-homme aura des relations avec une femme mais aussi avec un homme. Mais là encore, si on prend en compte que la femme-homme est d’un autre genre que le genre homme (masculin), il s’agit d’une relation « hétéro-genre », comme le montre Sabine Lang 3. De fait, il semble bien que les berdaches n’avaient pas de relations sexuelles entre eux (deux hommes-femmes ou deux femmes-hommes) – ce qui aurait été une véritable « homo-sexualité », en tout cas de « l’homo-genre ».

 

Nicole-Claude Mathieu, « Anthropologie et « homosexualités » », in Martine Gross Homoparentalités, état des lieux, Erès, « La vie de l'enfant », 2005 p. 23-29.

1. Discuter – Les « berdaches » sont-ils déviants ?
2. Discuter – Les « berdaches » peuvent-ils être considérés comme homosexuels ?
3. Distinguer – A partir du cas des Berdaches et de la société française actuelle, montrez qu’il ne faut pas confondre identité sexuelle et orientation sexuelle


Document 3 – L'évolution des droits des homosexuels en France

Passible de peine de mort dès le VIe siècle, l'homosexualité est dépénalisée en 1791 mais la loi ne la reconnaît pas. Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour voir évoluer les droits des homosexuels.

6 août 1942 : la sanction pénale de l'acte homosexuel avec un mineur de 18 à 21 ans est rétablie et prévoit jusqu'à 3 ans de prison.

4 août 1982 : la loi supprime toute pénalisation de l'homosexualité impliquant des personnes de plus de 15 ans (majorité sexuelle).

17 mai 1990 : l'OMS retire l'homosexualité de la liste des maladies mentales.

15 septembre 1999 : création du pacte civil de solidarité (PACS) [ouvert aux] couples de même sexe.

15 juin 2000 : une loi autorise les associations de lutte contre l'homophobie à se porter parties civiles lorsqu'un crime [homophobe] a été commis.

27 juin 2001 : le tribunal de grande instance de Paris accepte pour la première fois l'adoption par une femme homosexuelle des trois enfants de sa compagne.

18 mars 2003 : les peines infligées pour les crimes homophobes sont alignées sur celles prévues pour les crimes racistes.

5 juin 2004 : le maire de Bègles, Noël Mamère, célèbre le premier mariage [civil] homosexuel. Il sera définitivement annulé en 2007, la loi française ne permettant pas le mariage civil homosexuel.

30 décembre 2004 : la loi réprime les propos homophobes au même titre que les propos racistes et crée la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE).

24 février 2006 : la Cour de cassation accepte qu'un parent homosexuel délègue l'autorité parentale à son partenaire homosexuel.

22 janvier 2008 : la Cour européenne des droits de l'homme condamne la France pour son refus d'adoption par une homosexuelle.

 mercredi 11.11.2009, 05:02 - La Voix du Nord

1. Justifier - L’homosexualité a-t-elle été considérée comme une délinquance en France ?
2. Expliquer - Les homosexuels ont-ils les mêmes droits que les hétérosexuels en France ? Pourquoi ?
3. Expliquer – Supposons que Tonio décède lorsque son enfant aura 12 ans. Chez qui ira vivre l’enfant ?

Pour aller plus loin :
Extrait d'un article du Monde à lire en ligne dans son intégralité
Homoparentalité : des droits reconnus à la "mère sociale" d'un enfant LEMONDE.FR avec AFP | 29.10.10
"Pour la deuxième fois en France, un juge a reconnu, à Briey en Meurthe-et-Moselle, des droits familiaux à une homosexuelle en conflit avec la mère biologique de l'enfant avec qui elle avait été pacsée. Le jugement, révélé vendredi par le quotidien Le Parisien et rendu le 21 octobre impose à la mère biologique, inséminée artificiellement en Belgique, de laisser à son ex-compagne, "mère sociale" de l'enfant, un droit de visite d'un week-end sur deux et la moitié des vacances. La "mère sociale" a aussi obtenu le droit de verser une pension de 100 euros ; une première." [...] "Elargir la notion de famille : Selon Me Caroline Mécary, spécialiste de l'homoparentalité, ces jugements ouvrent la voie à une reconnaissance du rôle du "parent social", alors que rien n'est prévu pour lui dans le droit français. Cela élargit la notion de famille "au sens sociologique" du terme, selon elle. Pour donner des droits au "parent social", les juges s'appuient sur l'article 371-4 du code civil, qui dispose que "si tel est l'intérêt de l'enfant, le juge aux affaires familiales fixe les modalités des relations entre l'enfant et un tiers, parent ou non". Mais selon Me Mécary, ces droits dépendent du bon vouloir des juges alors que "si l'adoption simple était reconnue à ce parent social, ce qui n'est pas permis pour un couple homosexuel, cela règlerait le problème".