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Activité 2 : Quelles sont les relations entre Etat et Nation ?

Objectifs :
- Distinguer l’État et la nation
- Comprendre le caractère historiquement construit de ces deux phénomènes
- Comprendre en quoi ces deux constructions sont étroitement liées


Document 1 – La conception objective de la nation

Fichte (1762-1814), philosophe d’origine saxonne, accuse Napoléon d’avoir trahi les espérances nées de la Révolution. Il prononce ses célèbres Discours à la nation allemande à l’Université de Berlin, alors que la ville est encore occupée par les troupes françaises (1807-1808). Dans cet extrait, il compare l’occupation française à l’antique invasion romaine.

[Pour nos ancêtres], la liberté consistait à rester allemands, à conserver eux-mêmes avec indépendance la direction de leurs intérêts, conformément à leur caractère originel, à transmettre cette autonomie à leurs futurs descendants, conformément à leur esprit originel ; pour eux l’esclavage eût consisté à accepter les bienfaits que les Romains leur offraient et qui les auraient rendus non Allemands et à moitié Romains. On comprend facilement que chacun ait préféré mourir plutôt que se soumettre, et que tout véritable Allemand doit vouloir vivre seulement pour être et rester Allemand, et préparer les siens à une pareille vocation (…). Nous, héritiers directs de leur sol, de leur langue et de leur pensée, soyons leur reconnaissants d’être encore Allemands et de pouvoir vivre d’une existence indépendante et autonome ; soyons leur reconnaissants de tout ce que nous avons été depuis, comme nation, et de tout ce que nous serons dans l’avenir (…) s’il reste dans nos veines encore un peu de leur sang.

Johann Gottlieb Fichte, Discours à la Nation allemande, “ Huitième discours ”, 1895

1. Définir : Quels sont les fondements du sentiment national allemand pour l’auteur ?
2. Justifier : La langue vous paraît-elle un bon critère de définition identitaire de la nation ? Pourquoi ?


Document 2 – La conception subjective de la nation

Lors d’une conférence prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1882, l’écrivain, philosophe et historien français Ernest Renan propose une définition de la nation restée célèbre.

          Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs1 de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu (…). Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques (…)

          Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours (…). Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une province : « Tu m'appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un en cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir. (…)

          Je me résume, messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister. Si des doutes s’élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées.

Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ? (1882)

Notes :
1 Legs = héritage
2 Indivis = tous ensemble

1) Définir : Quels sont les fondements du sentiment national pour l’auteur ?
2) Expliquer : Expliquez la phrase soulignée. Quelle mesure politique l'auteur prône-t-il dans le cas particulier désigné ?
3) Comparer : En quoi les conceptions de la nation proposées par Fichte et Renan se rejoignent-elles ? Et en quoi s'opposent-elles ?

 

Document 3 – Quand l’État crée la nation

Si l'idée nationale était née au Moyen-Âge, si la monarchie avait mené pendant des siècles le projet national et organisé les premières institutions étatiques, les Républicains de la IIIe République, à leur arrivée au pouvoir dans les années 1880, ont créé en toute conscience les institutions chargées de constituer la nation moderne. Les institutions nationales – l'École ou l'Armée – ont organisé la vie collective autour de pratiques régulières et diffusé un système de valeurs nationales cohérentes. L’unification de la société par la centralisation de l'enseignement et, plus généralement, de l'administration française, même s'ils avaient été, au moins pour une part, hérités de la monarchie, furent renforcés par la volonté, transmise des rois aux républicains, de construire la nation moderne autour de et par l’État [...]. Les instituteurs de la IIIe République ont effectivement nationalisé les enfants des paysans des provinces de France et des immigrés en leur apprenant, éventuellement avec brutalité, le français et le calcul et en leur interdisant d'user de la langue de leurs parents. L’armée contribuait aussi à cette nationalisation des populations dont la guerre de 1914-1918 a tragiquement démontré l'efficacité. À la suite de l'établissement de la conscription (1872) et d'une loi sur la nationalité (1889) qui imposait la nationalité française aux enfants d'étrangers nés sur le sol français pour pouvoir les recruter, elle brassait des populations issues de tous les pays d'émigration, de toutes les régions et de toutes les classes sociales.

Dominique Schnapper, La Communauté des citoyens, Paris, Gallimard, 1994

1. Synthétiser – A quelle période et à travers quelles institutions les dirigeants politiques français ont-ils cherché activement à alimenter le sentiment national ?
2. Expliquer – Quelles composantes de la population étaient principalement ciblées ?
3. Expliquer – Voici le règlement d'une école bretonne au début du 20e siècle. En quoi illustre-t-il le texte ci-dessus?

 

 

Activité de synthèse

Traduction : "Nous avons une langue, un drapeau, une histoire et nous ne serions pas un peuple ? Peuple corse, peuple vivant"

signé : FLNC (front national de libération corse)

1. Discuter - A partir de vos connaissances relatives au concept de « Nation », vous commenterez le graffiti ci-contre en discutant l’affirmation selon laquelle les Corses constituent une Nation.

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