Epreuve composée : Echanges marchands et non marchands s’opposent-ils ?

Catégorie parente: Marchés et sociétés
Catégorie : Quelle place pour les liens marchands ? (2012-2013)
Mis à jour le mercredi 3 octobre 2012 04:08
Publié le samedi 15 octobre 2011 11:15

Partie 1 – Mobilisation des connaissances (6 points)

1- Expliquez ce qu’est un marché en vous appuyant sur un exemple de votre choix. (3 points)

2- Comparez échange marchand et don/contredon. (3 points)


Partie 2 – Étude d’un document (4 points)

Tableau 1 : Évolution du nombre de ménages utilisateurs de services à la personne1 en France

Unités : nombre en millions, %

Année

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

Nombre ménages utilisateurs

1,49

1,68

1,85

1,90

2,05

2,17

2,32

2,35

2,50

2,61

2,84

Proportion ou taux de recours2

6,4

7,1

7,8

7,9

8,4

8,8

9,3

9,5

10,0

10,3

10,9

Source : Enquêtes revenus fiscaux de 1996 à 2006 (Insee-DGI)

1 Les services à la personne regroupent l’ensemble des services contribuant au mieux-être des citoyens à leur domicile:
- Les services à la famille : garde d’enfants, soutien scolaire, cours à domicile, garde-malade…
- Les services de la vie quotidienne : travaux ménagers, préparation des repas à domicile, livraison des repas et courses à domicile, petits travaux de jardinage…
- Les services aux personnes dépendantes : assistance aux personnes âgées, assistance aux personnes handicapées, conduite de véhicule personnel…

2 Proportion des ménages français utilisant au moins l’un services à la personne.

 

3. Grâce à vos connaissances et à l’aide de calculs adéquats, présentez l’évolution du poids des services à la personne en France.

 

Partie 3 – Argumentation s’appuyant sur un dossier documentaire (10 points)

 

Sujet : Echanges marchands et non marchands s’opposent-ils ?

 

Document 1

Si la transplantation d’un rein est devenue une opération routinière, il existe aujourd’hui une grave pénurie d’organes. Le prix Nobel d’économie Gary Becker propose de payer les donneurs afin d’accroître l’offre de reins. (…)

On ne s’étonnera cependant pas que la proposition (…) puisse susciter un rejet virulent. Perçue comme profondément immorale, l’idée de négocier le corps humain comme une marchandise fait l’objet d’une véritable «répugnance». Dans la grande majorité des pays, les transplantations ne sont de fait autorisées que si elles reposent sur le don – seuls quelques États ont autorisé la vente d’organes, l’Inde dans les années 1980 et 1990 et l’Iran aujourd’hui. (…)

Le cas des organes rappelle ainsi que les marchés sont bornés par des limites morales. (…) Reste que l’opposition à un marché des organes ne tient pas seulement à l’immoralité de telles transactions. Étudiant les systèmes de transfusion sanguine, certains chercheurs soulignent que l’existence d’une compensation monétaire peut décourager les dons de sang, fondés sur une démarche altruiste. Nombreux sont ceux qui, par ailleurs, insistent sur la «coercition» qu’impliquerait pour les individus les plus démunis la possibilité de vendre leurs organes. Pour parler comme le parrain de Francis Ford Coppola, offrir 15 200 dollars à un SDF new-yorkais ou l’équivalent en roupies à un mendiant de New Delhi en échange de l’un de ses reins, c’est comme lui «faire une proposition qu’il ne pourra pas refuser». Certains craignent aussi que la légalisation de la vente d’organes engage les sociétés sur une pente savonneuse : pourquoi les organes ne pourraient-ils pas faire office de contrepartie pour obtenir un prêt ou bien une prestation médicale onéreuse ? Ces perspectives sinistres devraient pour le moins inciter à la circonspection.

Source : « À quand un marché d'organes ? » , Xavier de La Vega, Sciences Humaines n°200, janvier 2009

Document 2

Je prendrai ici l'exemple d'un étrange échange monétaire entre un frère et une soeur, observé en Bourgogne dans les années 1980 (Weber, 2000). Le Frère, à 35 ans, était ouvrier d'usine et provisoirement célibataire. Sa soeur, plus jeune, était au chômage de longue durée et vivait seule. Le frère apportait régulièrement son linge à laver chez sa soeur. À chaque lessive, il lui donnait un billet de 100 F, c'est-à-dire cinq fois ce que sa lessive lui aurait coûté s'il avait utilisé un service marchand.

Comment analyser cet échange ? D'un côté, il s'agit bien d'une transaction et, qui plus est, d'une transaction monétaire.(...)

Pour autant, il ne s'agit pas d'une transaction marchande, à la fois parce qu'elle intervient entre un frère et une soeur et parce que ni le cadre de la transaction ni le montant de la somme réglée ne peuvent renvoyer à un quelconque marché. Les deux biens sont, aux yeux des partenaires de l'échange, équivalents, mais le consensus sur cette équivalence ne se réfère pas à un prix de marché. Quelle est donc la nature de cette équivalence privée ? En d'autres termes, comment la somme a-t-elle été fixée ?

Elle est le résultat d'un calcul, effectué par le frère et accepté par la sœur, qui renvoie aux besoins monétaires de la soeur. Le frère connaît parfaitement le budget de sa soeur. Mais, pour pas l'humilier, il ne veut pas lui verser de l'argent sans contrepartie.

Florence Weber : « Le calcul économique ordinaire » – in ph. Steiner et F. Vatin « Traité de sociologie économique » - 2009 – P.U.F.