La démarche de SESâme

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Mis à jour le jeudi 1 septembre 2011 07:14
Publié le jeudi 1 septembre 2011 06:57


L’accès à ce manuel n’est pas réservé qu'à ses utilisateurs immédiats, qu’il s’agisse des professeurs de Sciences économiques et sociales (SES) ou des élèves de première ES. Il est aussi ouvert à des publics, en particulier les parents d’élèves, qui ne connaissent pas toujours très bien les objectifs et les méthodes des SES. Il nous semble par conséquent utile de présenter brièvement ceux-ci, qui expliquent les particularités de ce manuel, avant tout conçu, non pas comme un modèle, mais comme un outil de travail interactif et évolutif, dont la valeur pédagogique et le sens s’éprouvent en situation, dans les classes.

Dans les textes officiels définissant les objectifs des SES lors de leur création, il était précisé : "l'originalité d'un tel enseignement est de conduire à la connaissance et à l'intelligence des économies et des sociétés d'aujourd'hui et d'intégrer cette acquisition à la formation générale des élèves, à leur culture. (...). Il s'agit d'assurer l'application correcte d'un esprit expérimental à l'étude des réalités en cause, de fournir les premiers éléments d'une perception de ces réalités, de développer des habitudes intellectuelles propres à leur analyse. L'entreprise ne va pas sans risques, elle n'offre pas le confort d'un enseignement clos sur lui-même".

L’idée est simple : de même que l’histoire et la géographie fournissent aux élèves des repères dans le temps et dans l’espace, les SES apportent aux lycéens des connaissances et des méthodes leur permettant d’expliquer et de comprendre la réalité économique et sociale de leur temps. Le but n’est pas de former des spécialistes. Il est d’acquérir des savoirs et des savoirs faire utiles à chacun, quelle que soit son orientation ultérieure, dans sa vie professionnelle comme dans sa vie de citoyen, pour se repérer dans une économie et une société complexes, qui changent vite.

Si l’idée est simple, la difficulté consiste à la mettre en œuvre. L’expérience accumulée en plusieurs décennies auprès de publics variés a prouvé que la bonne méthode consistait à partir de questions sur la réalité économique et sociale (sur la crise financière, le chômage, les inégalités, le fonctionnement des entreprises, etc..) ; et non de réponses toute-faites que l’on récite sans les comprendre. Car ces questions rendent les élèves actifs, elles les incitent à s’interroger et à réfléchir ; par ailleurs, à la condition de se rapporter à une réalité (la pauvreté, la monnaie, les discriminations, etc.), elles donnent du sens au travail à effectuer.

Très bien, mais comment répond-on à ces questions ? Après tout, dès lors qu’il s’agit souvent de phénomènes qui paraissent familiers ou dont on entend plus ou moins parler ici ou là (le chômage, la crise de la dette, etc..) ne suffit-il pas de recopier Wikipedia, ou de répéter ce qu’a dit tel ou tel expert dans les médias ? Voire ce que l’on a entendu à la maison ? Auquel cas il en ressortirait rapidement que « chacun voit midi à sa porte », ou que les uns pensent ceci et les autres… le contraire. La facilité pourrait consister ici pour le professeur à dicter la « bonne réponse », que les élèves pourraient suspecter d’être « sa » bonne réponse. C’est pourquoi l’objectif n’est pas de dicter les réponses. Il est d’apprendre à chacun les bonnes habitudes intellectuelles, les bons raisonnements, les bonnes méthodes conduisant, aussi rigoureusement que possible à des éléments de réponse.

Ce qui implique de commencer par rechercher des données, des informations, plutôt que de parler « en l’air », sans connaître les ordres de grandeur, les grandes tendances, les résultats d’enquêtes de terrain, etc..  Par exemple, des statistiques sur le chômage, sur la répartition du revenu, des monographies d’entreprise, etc… Donc de rassembler des documents, sous différentes formes (textes, tableaux, documentaires, films, etc…). Cette phase conduit à se poser de nouvelles questions (que signifie tel mot, tel sigle ? Que vaut telle source ? Etc.) et à apprendre tout en continuant à chercher : apprendre à décoder l’information, à la hiérarchiser, à vérifier comment elle est produite, etc… ; apprendre du vocabulaire, le fonctionnement des institutions, des éléments de comptabilité, etc.. Ce qui permet déjà d’éliminer de nombreuses réponses fantaisistes à la question initiale.

Il reste alors à interpréter ces données, à formuler des hypothèses, à confronter des  théories, à les tester. Phase pendant laquelle on apprend des mécanismes (« si le taux d’intérêt augmente alors… », etc..) et des raisonnements (en particulier « toutes choses égales par ailleurs »). Egalement à éviter des erreurs fréquentes (comme confondre corrélation et causalité, négliger une variable cachée, etc.).

Ce qui ne conduit généralement pas à éliminer toutes les explications sauf une, toutes les théories sauf une, mais plutôt à comprendre pourquoi les uns avancent telle réponse (sous telles hypothèses, dans tel contexte, etc…) quand d’autres privilégient une autre réponse.

Voilà pourquoi le travail sur documents occupe nécessairement une place très importante (ce qui ne signifie pas exclusive) en SES et pourquoi les manuels se présentent d’abord comme des recueils de documents, qui ne sont pas, loin s’en faut, le tout du cours, mais sa matière première, que le professeur utilise, à côté de nombreuses autres sources, comme il l’entend (c'est-à-dire selon la question posée, le moment dans l’année, le rythme de progression des élèves, etc.…).

Ce manuel n’est donc pas une compilation de leçons magistrales. Il offre des ressources pédagogiques, qui sont comme les ingrédients d’une bonne recette. Le résultat de cette recette n’est pas visible ici. Il dépend de la relation entre un professeur et ses élèves, qui n’est jamais écrite à l’avance.