Activité 2 - Les PCS, simple agrégat statistique ou véritable groupe social ?

Catégorie parente: Socialisation et groupes sociaux
Catégorie : Comment se forment les groupes sociaux ?
Mis à jour le jeudi 14 novembre 2013 16:01
Publié le samedi 7 janvier 2012 15:14

Objectifs :
- Comparer les notions de PCS et de groupe social
- Comprendre l’intérêt de la nomenclature des PCS
- Discuter les relations entre PCS et classes sociales

 

Document 1. Répartition de la population selon la PCS en 2009

 

Source : Insee

1 – Illustrer - Donnez deux exemples d’« inactifs ayant déjà travaillé » ?
2 – Décrire – Présentez la répartition des catégories sociales pour les personnes actives.

Travail de groupe sur les documents 2-a à 2-f
La classe est divisée en groupes, et chaque groupe se voit attribuer un document par le professeur. Chaque groupe, pour le document dont il a la charge doit, en 15 minutes répondre aux questions suivantes
1. Décrire - Mettre en évidence les informations principales du document, en s’appuyant sur des données statistiques précises.
2. Discuter – Observe-t-on une hiérarchie entre PCS dans le document étudié ? Si oui, laquelle ?

Synthèse des travaux
Chaque groupe désigne un rapporteur, qui fait une synthèse orale des travaux à destination de toute la classe. Répondre ensuite à la question suivante :
3. Justifier - Les différences entre les PCS sont-elles seulement d’ordre professionnel ?

 

Doc 2a - Pratiques culturelles à l'âge adulte selon la PCS

 

 

2005

2005

2005

2006

2006

2006

2006

Au moins une fois au cours des 12 derniers mois...

Lecture de livre

Écoute de la radio

Écoute de CD, disques, cassettes

Cinéma

Musée ou exposition

Théâtre

Concert, spectacle

Ensemble

58 87 75 51 33 17 32

Agriculteur

31 85 57 39 24 8 19

Indépendant

49 91 73 50 33 14 29

Cadre et profession libérale

83 95 91 81 65 43 54

Profession intermédiaire

70 96 90 73 48 23 46

Employé

63 91 86 58 30 13 32

Ouvrier

32 91 76 46 17 6 22

Chômeur

51 85 86 62 18 7 28

Étudiant, élève

77 88 96 91 41 24 55

Retraité

52 78 47 26 29 15 22

Inactif et femme au foyer

53 77 69 34 20 9 18

Champ : France métropolitaine ; personnes de 15 ans ou plus (en 2005) et de 16 ans ou plus (en 2006).
Sources : INSEE, 2005, enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) ; 2006, statistiques sur les ressources et conditions de vie (SRCV).


Doc 2b - Équipement des ménages en multimédia selon la catégorie socioprofessionnelle en 2010

Catégorie socioprofessionnelle

Téléviseur couleur

Magnétoscope ou lecteur DVD

Téléphone fixe

Téléphone portable

Micro-ordinateur

Connexion à Internet

Agriculteurs exploitants

97,3

82,8

91,7

90,3

71,0

57,0

Artisans, commerçants, chefs d'entreprise

97,3

91,3

93,5

94,0

86,5

76,8

Cadres et professions intellectuelles supérieures

92,5

90,8

94,8

94,2

95,4

89,5

Professions intermédiaires

96,2

91,9

89,3

93,3

91,2

82,4

Employés

96,4

91,0

77,9

89,3

71,5

62,1

Ouvriers (y c. ouvriers agricoles)

97,8

90,6

76,5

87,0

70,0

57,0

Retraités

99,0

71,0

95,6

58,8

31,6

26,1

Autres inactifs

95,8

69,6

75,3

66,3

46,9

37,1

Ensemble

97,1

83,3

88,1

78,9

62,8

54,7

Champ : ensemble des ménages en France métropolitaine.
Source : Insee, statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV-SILC).


Doc 2c - Taux d'adhésion à au moins une association selon la catégorie socioprofessionnelle

2010, en  %

Catégorie socioprofessionnelle

Ensemble

Action sanitaire et sociale ou humanitaire et caritative

Sport

Culture

Loisirs

Défense de droits et d'intérêts communs

Syndicat, groupement professionnel*

Agriculteurs exploitants

42

n.s

n.s

n.s

n.s

n.s

17

Artisans, commerçants, chef d'entreprise

29

n.s

14

n.s

n.s

n.s

n.s

Cadres et professions intellectuelles supérieur

50

7

20

12

4

5

13

Professions intermédiaires

44

6

20

8

6

4

12

Employés

30

3

12

4

4

2

11

Ouvriers (y compris ouvriers agricoles)

26

n.s

12

3

4

n.s

9

Retraités

36

6

10

9

9

2

2

Autres inactifs

28

4

13

5

4

2

1

Ensemble

34

4

13

7

6

3

7

 

n.s : données non significatives.

Champ : France métropolitaine, individus de 16 ans ou plus,

* personnes occupant un emploi, chômeurs et retraités.

Lecture : En 2010, 30 % des employés ont adhéré à au moins une association au cours des douze derniers mois.

Source : Insee, Enquête SRCV-SILC 2010.


Doc 2d - Taux de chômage en 2009 selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle

Taux de chômage (en %)

Femmes

Hommes

Ensemble

Agriculteurs exploitants

1,2

0,6

0,7

Artisan, commerçant et chef d'entreprise

5,0

3,6

4,0

Cadre

3,8

3,7

3,8

Profession intermédiaire

5,2

5,3

5,3

Employé

8,8

8,5

8,7

Ouvrier

17,7

12,2

13,2

dont ouvrier non qualifié

20,2

21,0

20,8

Ensemble

9,4

8,9

9,1

Note : données calées sur les estimations démographiques du début de l'année 2010.
Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus (âge au 31 décembre).
Source : Insee, enquêtes Emploi.


Doc 2e - Salaires mensuels moyens nets de tous prélèvements selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle en 2009 en euros courants

 

Montants mensuels nets
2009

Hommes

Femmes

Ensemble

F/H
(en %)

Cadres (1)

4 175

3 197

3 851

-23,4

Professions intermédiaires

2 238

1 928

2 104

-13,8

Employés

1 578

1 442

1 481

-8,6

Ouvriers

1 609

1 318

1 563

-18,1

Ensemble

2 222

1 777

2 041

-20,1

(1) : y compris les chefs d'entreprise salariés.
Champ : France ; salariés en équivalent-temps plein du secteur privé et semi-public.
Source : Insee, DADS (fichiers définitifs, exploitation au 1/12è).


Doc 2f - Espérance de vie à 35 ans par sexe et catégorie sociale

2000-2008

Homme

Femme

Cadres

47,2

51,7

Professions intermédiaires

45,1

51,2

Agriculteurs

44,6

49,6

Artisans, commerçants, chefs d'entreprise

44,8

50,3

Employés

42,3

49,9

Ouvriers

40,9

48,7

Inactifs non retraités

30,4

47,0

Ensemble

42,8

49,4

Champ : France métropolitaine.
Source : Insee, Échantillon démographique permanent.


Doc 2g - Prévalence de l'obésité selon la PCS en France

obesite-PCS

Source : Insee Première N°1123 - février 2007 INSEE 

 

Doc 3 – La construction de la catégorie « cadres »

Qu'est-ce qu'un cadre ? Cette catégorie ne renvoie pas à un métier en particulier mais elle constitue un ensemble de professions aux contours fluctuants et propre au contexte français. [...]. Mais c'est bien dans la décennie 1930 que commence l'histoire des cadres tels que nous les connaissons aujourd'hui. Frappés par la crise économique, les ingénieurs se retrouvent exposés au chômage et au déclassement. Ils s'organisent alors pour voir leur diplôme protégé et obtiennent une loi en ce sens en 1934. Les grandes grèves qui suivent l'arrivée au pouvoir du gouvernement du Front populaire en 1936 accélèrent la constitution de la catégorie des cadres. Le terme même se diffuse en effet à cette période, alors qu'émerge un groupe de pression se réclamant de cette appellation. Comme l'a montré Luc Boltanski [dans Les cadres. La formation d'un groupe social, éd. de Minuit, 1982], ce phénomène est "inséparable des tentatives de reprise en main et de réinstauration de l'ordre social qui se multiplient après les grèves de 1936 (…). Elle a pour enjeu l'imposition d'une représentation ternaire du monde social, centrée sur la "classe moyenne", élément "sain" et "stable" de la "nation"". [...] Durant la guerre, les cadres vont se doter de leur propre syndicat, la Confédération générale des cadres (CGC), qui sera refondée en 1947. Dans ces années d'après-guerre, leurs représentants parviennent également à faire reconnaître la catégorie des cadres dans les accords Parodi puis dans la nomenclature des CSP. Mais surtout, suite à d'importantes manifestations, ils obtiennent un régime complémentaire de retraite et de prévoyance spécifique: l'Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc). [...] Le groupe des cadres se dote ainsi de signes distinctifs par la consommation, tels l'attaché-case, une presse spécialisée, la Renault 16 ou plus tard le téléphone portable. Ultime pierre à l'édifice: en 1966, l’État crée l'Agence pour l'emploi des cadres (Apec), à côté de l'ANPE. C'est bien avant tout la volonté de se distinguer des autres salariés qui soude des professionnels très hétérogènes dans cette catégorie, sans réel équivalent à l'étranger.

Igor Martinache, « Les cadres en perte de confiance », Alternatives Economiques, n°277, février 2009

1. Illustrer – Donnez deux exemples de professions pour montrer que la catégorie cadre est en partie hétérogène.
2. Analyser – En quoi peut-on dire que la catégorie des cadres est l'objet d'un travail de construction ?
3. Discuter – Peut-on dire que la catégorie « cadres » est une simple catégorie statistique ?

Doc 4: PCS et classes sociales

Les études statistiques de la réalité sociale à partir des catégories socioprofessionnelles (CSP) de l'Insee fournissent un matériau empirique irremplaçable et permettent une investigation systématique des inégalités sociales. En revanche, elles ne peuvent se substituer à une analyse des classes sociales. (…)

Ainsi, la catégorie des agriculteurs exploitants regroupe à la fois des agriculteurs à la tête de petites exploitations n'employant habituellement qu'une main-d'oeuvre familiale, de véritables entrepreneurs à la tête d'exploitations plus importantes, mises en valeur par une main-d'oeuvre salariée, et enfin des propriétaires fonciers, petits ou gros, louant leurs terres à des fermiers ou à des métayers, mais qui se déclarent comme agriculteurs exploitants.

De même, la catégorie des artisans, commerçants et chefs d'entreprise mêle, d'une part, des artisans et petits commerçants, et d'autre part, des capitalistes de l'industrie ou du commerce. (…).

La catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures n'est pas moins hétérogène. Les cadres dirigeants, ainsi que les membres de la haute administration (…) font (…) partie, à notre sens, de la classe capitaliste. En revanche, le reste des cadres, en fait la grande masse, [encadre] souvent des salariés d'exécution et [dispose] d'une plus ou moins grande autonomie dans leur travail, mais ils sont exclus de toute fonction de direction. (…)

La catégorie incontestablement la plus homogène est celle des ouvriers que l'on peut classer dans le " prolétariat ", tout comme la majeure partie des employés, hommes et surtout femmes, le reste rejoignant l'encadrement. Seule une étude empirique peut, au cas par cas, décider de la position exacte de chacun. (…)

La classe capitaliste, une appellation qui semble aujourd'hui préférable à la vénérable bourgeoisie, est sans doute la moins facilement repérable dans et par la nomenclature des CSP. Elle est en effet éparpillée entre plusieurs catégories : les exploitants agricoles, les artisans, commerçants et chefs d'entreprise, les cadres et professions intellectuelles supérieures et les inactifs. Et à l'intérieur de chacune, la classe capitaliste ne représente qu'une minorité, camouflée par la masse elle-même hétéroclite des agents d'autres classes.

Alain Bihr, Roland Pfefferkorn, « Les CSP ne font pas les classes », Alternatives Economiques, Hors-série n° 029 - juillet 1996

 

1. Analyser – Quelle est la théorie des classes sociales qui sert de référence aux auteurs de l’article ?
2. Résumer – Quels sont les arguments utilisés par les auteurs pour justifier le titre de leur article « Les CSP ne font pas les classes » ?
3. Expliquer – Nuancez la thèse des auteurs de l'article.

 

Pour approfondir : La portée de la nomenclature des PCS

Pourquoi […] conférer au classement socioprofessionnel une place aussi importante dans les analyses statistiques ? Qu'apporte-t-il d'autre par rapport à d'autres variables en apparence mieux "maîtrisées" […] ? L'identité sociale, constituée à travers la profession exercée, résulte à la fois des trajectoires individuelles de ses titulaires et de l'histoire sociale des institutions dans lesquelles elle se matérialise. Il s'agit donc d'un schéma susceptible d'expliquer et d'organiser nombre de « comportements » décrits par l'observation statistique. Certains de ces comportements pourront, éventuellement, être mieux « expliqués », au sens strictement statistique, par tel ou tel critère d'analyse : les pratiques culturelles par le niveau d'éducation, la consommation par le revenu, ou le vote par la religion. Il n'empêche que les catégories définies à partir d'une certaine homogénéité professionnelle, combinant de façons spécifiques ces diverses déterminations, résument et synthétisent beaucoup de ces observations, parce qu'elles sont le produit d'un travail historique très long : elles sont, d'une certaine façon, de l'histoire accumulée.

Alain Desrosières, Laurent Thévenot, Les catégories socio-professionnelles, La découverte, 2002

« les personnes appartenant à une même catégorie sont présumées être susceptibles d'entretenir des relations personnelles entre elles et avoir souvent des comportements et des opinions analogues, se considérer elles-mêmes comme appartenant à une même catégorie et être considérées par les autres comme appartenant à une même catégorie».

Extrait du code de 1969 des CSP, cité in Serge Bosc, Stratification et classes sociales, p 67, édition 2011, Armand Colin