Activité 1 - Comment assurer la solidarité dans nos sociétés contemporaines ?

Catégorie parente: Etat et pouvoirs publics
Catégorie : Comment l'Etat Providence contribue-t-il à la cohésion sociale ?
Mis à jour le lundi 28 mai 2012 21:26
Publié le mercredi 2 mai 2012 13:47

Objectifs :
- S’approprier les notions de lien social et solidarité
- Identifier les sources de la désafiliation
- Comprendre la diversité des régimes d’Etat Providence

 

Exercice 1 - Différentes dimensions du lien social *

Dimension du lien social

Famille

Travail

Ecole

politique

 

 

 

 

économique

 

 

 

 

culturel

 

 

 

 

* lien social : ce qui unit les individus et les groupes sociaux et leur garantit, par des règles communément partagées, une coexistence pacifique.

1.Illustrer – Pour chaque instance de socialisation du tableau (famille, travail, école), donnez un exemple de lien social dans chacune des dimensions indiquées (politique, économique et culturelle).
2. Illustrer - Par groupes de 3 ou 4, préparez à l’écrit l’histoire d’une personne dont le lien social se distend, voire se rompt en partant d’un des aspects (famille, travail, école) et en montrant ses conséquences sur les 2 autres.

 

Doc 1 – Les processus d’exclusion selon Robert Castel

 

L’exclusion est à la fois un défaut d’insertion ou d’intégration des individus, mais aussi le résultat d’un défaut de la cohésion sociale globale. (…)

[Pour le sociologue] Robert Castel, (…) « l’association travail stable/insertion relationnelle solide caractérise une zone d’intégration. A l’inverse, l’absence de participation à toute activité productive et l’isolement relationnel conjuguent leurs effets négatifs pour produire de l’exclusion, ou plutôt, de la désaffiliation. La vulnérabilité sociale est une zone intermédiaire, instable, qui conjugue la précarité du travail et la fragilité des supports de proximité » (Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Fayard, 1995). Bien entendu, rien n’est mécanique, ni donné une fois pour toute. Ainsi, une précarité de travail peut être compensée par une forte relation familiale, de voisinage ou d’entraide forte (c’est souvent le cas dans les milieux populaires). De même, une structure corporatiste (de type artisanale ou agricole) peut compenser la faiblesse économique, alors que dans le cas des populations assistées, l’assurance d’un revenu ne compense pas l’absence des liens sociaux. Lors d’une crise, la zone de vulnérabilité se gonfle et se déverse dans la zone de désaffiliation : la cohérence du lien social dépend alors des « relations » entre ces trois zones.

Olivier Mazel, « L’exclusion », Ecoflash, n°137-138, 1999.

 

1. Classer – Placez sur le schéma ci-dessous les « zones d’intégration», « zones de vulnérabilité » et « zones de désaffiliation ».
2. Résumer – Pour chaque groupe constitué lors de l’exercice 1, dessinez sur le schéma la trajectoire sociale de l’histoire de la personne dont le lien social se distend, puis présentez-la au reste de la classe.

Exercice 2 : impôts et solidarité

1. Illustrer - Notez sur votre cahier, vos réactions lorsque vous voyez les termes « IMPOTS » et « SOLIDARITE » côte à côte.

 

Document 2 : Qu’est-ce que la solidarité ?

Faire preuve de générosité, c’est agir en faveur de quelqu’un dont on ne partage pas les intérêts : vous lui faites du bien sans que cela vous en fasse à vous, voire à vos dépens ; vous le servez sans que cela vous serve. Par exemple quand vous donnez dix francs au SDF qui fait la manche (dix francs ? tant que ça ?) : il a dix francs de plus, vous avez dix francs de moins. Ce n’est pas solidarité, c’est générosité. Vous auriez tort d’en avoir honte, mais tort aussi de vous en contenter. Car enfin le SDF n'en reste pas moins SDF pour autant. Et qui serait assez généreux pour l’héberger ou lui payer un loyer ?

Faire preuve de solidarité, à l’inverse, c’est agir en faveur de quelqu’un dont on partage les intérêts : en défendant les siens, vous défendez aussi les vôtres ; en défendant les vôtres, vous défendez les siens. Par exemple quand des salariés font grève pour réclamer une augmentation de salaire : ils la demandent pour tous, mais chacun sait bien qu’il se bat aussi pour lui-même. (…)

S’il fallait compter sur la générosité des uns et des autres pour que tous les malades puissent se soigner, des millions d’entre eux mourraient sans soins. Au lieu de quoi on a inventé une chose très simple, au moins moralement, bien plus modeste que la générosité, et bien plus efficace : la Sécurité sociale, et spécialement l’assurance maladie. Nous n’en sommes pas moins égoïstes pour autant. Mais nous en sommes mieux soignés.

Nul ne cotise à la Sécu par générosité. Il le fait par intérêts, fut-il contraint (merci l'URSSAF), mais ne peut les défendre efficacement, dans une société solidaire, qu’en défendant aussi et par là même ceux des autres.

Nul ne souscrit une assurance par générosité. Nul ne paye ses impôts par générosité. Et quel étrange syndicaliste ce serait, celui qui ne se syndiquerait que par générosité ! Pourtant la Sécu, les assurances, les syndicats et la fiscalité ont fait beaucoup plus, pour la justice et la protection des plus faibles, que le peu de générosité dont parfois nous sommes capables.

André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, PUF, 2001

 

1.Résumer - Repérez les attributs de la solidarité et remplissez ce tableau

La solidarité c’est….

La solidarité, ce n’est pas…

 

 

 

 

 

2. Discuter - Confrontez vos premières réactions à ce document de Comte-Sponville. En quoi êtes-vous proche de cette vision de la solidarité ? En quoi vous en éloignez-vous ?

 

Document 3- État-providence et société industrielle

Les systèmes d’assurance sociale, figure principale de l’État-providence en Europe continentale, sont l’émanation et le support de la société industrielle. Ils naissent au XIXe siècle avec la révolution industrielle et son corrélat* social : l’émergence du salariat. Destinées à garantir la continuité du revenu des ouvriers qui ont perdu les solidarités familiales et locales de la société agricole, elles permettent en même temps aux patrons de s’assurer la fidélité, la stabilité et la qualité de leur main-d’oeuvre.
Au cours des trente années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, le fordisme et les approches keynésiennes des politiques économiques vont permettre une véritable explosion des dépenses sociales (de 5 à 25 % du PIB en moyenne en Europe). (…) Les dispositifs de protection sociale permettent alors de soutenir et de relancer la croissance économique. (…) Utile à l’économie, la protection sociale permet en même temps de répondre aux besoins sociaux de l’époque : améliorer la santé de la population dont l’espérance de vie dépasse rarement 65 ans, lutter contre la pauvreté, qui est alors - et depuis longtemps - concentrée sur les personnes âgées, et soutenir la nouvelle répartition des rôles sociaux. Alors que dans les sociétés agricoles, tout le monde travaillait à la ferme (les hommes, les femmes et les enfants), la société industrielle définit une nouvelle répartition des tâches, où les hommes garantissent le revenu et la protection sociale de l’ensemble du ménage, les enfants sont de plus en plus scolarisés, et les femmes supposées rester à la maison et prendre en charge les travaux domestiques.
Si tous les États-providence développés partagent les fonctions de soutien à la demande et d’indemnisation des risques sociaux, les différents pays occidentaux n’ont pas tous mis en place les mêmes dispositifs de protection sociale. On peut regrouper les systèmes de protection sociale en trois grandes familles ou régimes (le régime social-démocrate des pays scandinaves, le régime libéral des pays anglo-saxons, le régime conservateur-corporatiste des pays d’Europe continentale), en différenciant à la fois les objectifs politiques et sociaux qu’ils cherchent à atteindre (respectivement : l’égalité des citoyens, la seule couverture sociale des plus pauvres, le maintien du revenu des travailleurs) et les instruments qu’ils utilisent à cet effet (respectivement : politiques universelles et services sociaux gratuits, politiques sociales ciblées, assurances sociales financées par des cotisations sociales).

Bruno Palier, introduction à l’ouvrage de Gösta Esping Andersen, Trois leçons sur l’Etat Providence, La République des Idées, février 2008

* corrélat = qui est en relation

1- Définir - Rappelez ce qu’est l’Etat-providence.
2- Analyser - Pourquoi la naissance de l’Etat-providence est-elle associée à la société industrielle ?
3- Expliquer - Comment des politiques sociales peuvent-elles être favorables à la croissance ?
4- Classer - A partir du passage souligné, remplir le tableau ci-dessous.

Intitulés des systèmes selon Esping Andersen

Système social-démocrate

Système libéral (appelé aussi résiduel)

Régime conservateur corporatiste (appelé aussi continental)

Expliquer l’objectif

 

 

 

Type d’instrument

 

 

 

Où ?

 

 

 

Exemples d’instrument dans le domaine de la maladie et de la retraite

 

 

 

5- Illustrer- A l’aide de recherches personnelles, complétez la dernière ligne avec des exemples de dispositifs concernant la prise en charge de la maladie et de la retraite dans les pays occidentaux.

Vous pouvez consulter ce site, qui permet d'obtenir des informations comparatives sur les systèmes de protection sociale en Europe. Pour effectuer la comparaison, il suffit de sélectionner quelques pays (en prendre deux par idéal-type d'Etat Providence) et quelques paramètres parmi les plus explicites (principe de financement de la retraite, de la maladie, bénéficiaires des soins de santé, etc.).

Activité de synthèse : A l’aide des documents de cette partie, proposez un paragraphe qui réponde à la question générale de l’activité : "Comment assurer la solidarité dans nos sociétés contemporaines ?"