Activité 2 – Comment se fabriquent les filles et les garçons ?

Catégorie parente: Socialisation et groupes sociaux
Catégorie : Les comportements individuels sont-ils naturels ou socialement construits ? (2012-2013)
Mis à jour le vendredi 16 novembre 2012 19:51
Publié le jeudi 15 décembre 2011 15:23

Objectifs :
- Faire apparaître le caractère socialement construit de l’identité sexuelle.
- Comprendre l’intérêt de la méthode comparative en sciences sociales.
- Introduire aux notions de rôles, socialisation différenciée et de pluralité des instances de socialisation.

Exercice introductif :

1) Définir– Donnez 2 adjectifs qui vous paraissent le mieux décrire les garçons ; puis 2 adjectifs qui vous paraissent le mieux décrire les filles. (Pour le professeur : pensez à corriger le déséquilibre probable filles/garçons dans la classe en demandant aux plus nombreux de ne donner qu’un seul adjectif)


2) Classer – Classez les réponses de l’ensemble des élèves de la classe dans le tableau ci-dessous.

 

Réponses des filles
de la classe

Réponses des garçons
de la classe

Adjectifs qui se rapportent le plus aux garçons

 

 

 

 

Adjectifs qui se rapportent le plus aux filles

 

 

 

 

3) Analyser– Analysez les résultats obtenus : entourez les mots les plus fréquents dans chacune des 4 cases ; distinguer comment les garçons parlent des garçons et comment les filles parlent des garçons ; inversement, comment on parle des filles selon qu'on est une fille ou un garçon.


A savoir : les stéréotypes sont des images figées simplifiées (positives et négatives) que les groupes sociaux portent les uns sur les autres et sur eux-mêmes. Les stéréotypes sont issus du besoin humain de catégorisation pour appréhender l’autre avec moins d’incertitudes (domestiquer l’ « étranger ») en permettant aisément de classer des faits nouveaux dans des catégories connues et stables. Les stéréotypes résultent souvent d’une simplification qui inverse le particulier et l’universel, qui confond l’inné et l’acquis  et qui prend la partie pour le tout. En 1975, Williams et Bennett ont répertorié les différents qualificatifs associés aux stéréotypes masculins et féminins de l’époque. Il est intéressant de constater que ces stéréotypes ne semblent pas désuets à l’heure actuelle. Voir les stéréotypes en ligne.

 

Document 1 – Rôles masculins et féminins, des données naturelles ?

Chez les Arapesh, tout semble organisé dans la petite enfance pour faire en sorte que le futur Arapesh, homme ou femme, soit un être doux, sensible, serviable. Alors que dans la tribu des Mundugomor, la conséquence du système d'éducation est plutôt d'entraîner la rivalité, voire l'agressivité, que ce soit chez les hommes, chez les femmes ou entre les sexes. Dans la première société, les enfants sont choyés sans distinction de sexe ; dans la seconde les enfants sont élevés durement car ils ne sont pas désirés, qu'ils soient garçon ou fille. Ces deux sociétés produisent, de par leurs méthodes culturelles, deux types de personnalité complète­ment opposés. En revanche, elles ont un point commun : ne faisant pas de distinction entre « psychologie féminine » et « psychologie mascu­line », elles n'en génèrent pas de personnalité spécifiquement mascu­line ou féminine. Selon la conception ordinaire dans notre société, l'Arapesh, homme ou femme, nous semble doté d'une personnalité plutôt féminine et le ou la Mundugomor d'une personnalité plutôt masculine, mais présenter ainsi les faits serait un contresens.

A l'inverse, les Chambuli, le troisième groupe, pensent comme nous qu'hommes et femmes sont profondément différents dans leur psycho­logie. Mais, contrairement à nous, ils sont persuadés que la femme est, par « nature », entreprenante, dynamique, solidaire avec les membres de son sexe, extravertie ; et que l'homme est, en revanche, sensible, moins sûr de lui, très soucieux de son apparence, facilement jaloux de ses semblables. C'est que, chez les Chambuli, ce sont les femmes qui détiennent le pouvoir économique et qui assurent l'essentiel de la subsistance du groupe, alors que les hommes se consacrent principalement à des activités cérémonielles et esthétiques, qui les mettent souvent en compétition les uns avec les autres.

Forte de ces analyses, Margaret Mead peut affirmer que « les traits de caractère que nous qualifions de masculins ou de féminins sont pour bon nombre d'entre eux, sinon en totalité, déterminés par le sexe d'une façon aussi superficielle que le sont les vêtements, les manières et la coiffure qu'une époque assigne à l'un ou l'autre sexe » [(1935) 1963, p. 252].

Denis Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales, Repères n°205, La Découverte, 2004, p. 36-37

 

1) Résumer : Complétez le tableau suivant en suivant les consignes ci-dessous :
- Dans la première colonne, dites pour chacune des sociétés si la personnalité féminine est différente de la personnalité masculine (répondez par oui ou non).
- Dans les deux colonnes suivantes, relevez les adjectifs qui caractérisent les personnalités masculine et féminine dans les sociétés Arapesh, Mundugomor et Chambuli.
- Dans la dernière colonne, dites si les personnalités de ces sociétés correspondent aux personnalités masculines et féminines de la société française (comparez avec les adjectifs choisis dans l’exercice introductif).

 

Société

Rôles masculins et féminins différenciés ?

Rôle masculin

Rôle Féminin

Rôles correspondant à notre société ?

Arapesh

 

 

 

 

 

 

 

Mundugomor

 

 

 

 

 

 

Chambuli

 

 

 

 

 

 

2) Justifier - D’après l’étude de ces trois sociétés, quels sont les éléments qui permettent de dire que la personnalité individuelle ne s’explique pas par des caractéristiques biologiques ?
3) Expliquer - Comment expliquer que les femmes et les hommes occidentaux paraissent si différents des femmes et des hommes Chambouli ?
4) Définir – Proposez une définition de « rôle social ».

 

Document 2– La socialisation différenciée


Source : Bienvenue dans la vraie vie des femmes, CNDP, (2010)

1) Analyser - Quel est l’objectif des activités proposées aux filles et aux garçons dans les écoles suédoises ? Pourquoi ces activités sont-elles non mixtes ?
2) Décrire - Relevez dans le documentaire les comportements, attitudes ou pratiques qui sont valorisées chez les filles et les garçons en France.
3) Expliquer – Expliquez par quels processus concrets les enfants intériorisent ces comportements valorisés.
4) Expliquer - Que signifie cette phrase de la philosophe Simone de Beauvoir : « on ne nait pas femme, on le devient » ?

 

Doc 3 – Féminisation du corps des filles et pluralité des instances de socialisation

Dès la fin de l’école primaire, les filles sont plus nombreuses que leurs camarades masculins à se soucier de leur apparence. Elles sont en revanche moins nombreuses à aimer les jeux sportifs. Comment ces différences émergent elles ? Comment les enfants apprennent-ils à agir avec et sur leur corps d’une manière différente de l’autre sexe ? Martine Court, sociologue, analyse à partir d’une enquête auprès d’enfants de 10 à 12 ans la façon dont les corps féminins et masculins se construisent au cours de l’enfance.

"Virginie vit avec un père qui, loin d'expri­mer de la désapprobation lorsqu'elle adopte des conduites caractéristiques de la classe sexuelle des garçons, l'autorise au contraire - et même l'incite - très largement à agir de cette façon. (...) il accepte en effet que Virginie fasse un sport pratiqué avant tout par les garçons - le foot - dans le club de sa commune. (...) Plus généralement, M. Rodrigues est fier de voir sa fille se conduire comme un “garçon manqué” et il ne manque pas de le lui faire savoir. (...)"

"Cependant, en même temps qu'elle peut voir et entendre son père l'inciter indirectement à prêter une attention limitée à son apparence, Virginie est également exposée à des discours et à des modèles qui l'invitent précisément à s'en préoccuper. En dehors de l'école, Virginie ne fréquente régulièrement qu'une seule de ses camarades - une fille de sa classe prénommée Inès (...).. De temps en temps, (...) Inès propose à son amie de jouer à la poupée Bratz (Virginie en possède une, Inès, trois) et, même si ces jeux restent peu fréquents, ils donnent quand même aux deux filles l'occasion de manipuler des vêtements à la mode et d'échanger des avis à leur sujet."

"De son côté, Mme Rodrigues encourage Virginie à prêter attention à son apparence de différentes façons. (...) Virginie raconte que sa mère lui a apporté une aide essentielle lorsqu'elle a voulu se faire faire des mèches. C'est elle en effet qui est allée solliciter une voisine coiffeuse pour qu'elle fasse à sa fille la teinture que celle-ci souhaitait C'est elle également qui a choisi la couleur des mèches de Virginie, en accord avec cette voisine. Or, en voyant sa mère prendre ce type d'initiative, Virginie peut percevoir que celle-ci approuve sans réserve son intérêt pour le travail de l'apparence, et la perception de cette approbation contribue assurément à développer cet intérêt. (...)"

"Enfin, les médias semblent eux aussi jouer un rôle non négligeable dans la construction de l'intérêt que Virginie manifeste à l'égard des vêtements et de la mode. Virginie regarde en effet beaucoup les émissions de variétés à la télé­vision (pendant l'année de l'enquête et pendant la précédente, elle a suivi StarAcademy, Pop Star, À la recherche de la nouvelle star ainsi que Graines de star), et elle voue une admiration particulière à Lorie. (...) Elle a par exemple réclamé à sa mère de lui acheter une casquette blanche de la marque Nike, parce qu'elle ressemblait à celle de la chanteuse."

Martine Court, “Corps de filles, corps de garçons : une construction sociale”, la Dispute, 2010

 

1) Discuter - Le cas de Virginie correspond-il au stéréotype d’une fille de son âge ?
2) Synthétiser– Représentez sous forme de schéma les différents “agents de socialisation” qui interviennent dans la construction des goûts de Virginie. Indiquez les « conflits de socialisation ».


3) Expliquer – En quoi l’achat de la casquette blanche est-il cohérent avec la socialisation de Virgine ?
4) Justifier – À partir de l’exemple de Virginie, montrez que l’existence de processus de socialisation n’est pas synonyme de déterminisme univoque* dans la construction des individus.


* La prise en compte de la pluralité des socialisations n'évacue pas le déterminisme, elle évite plutôt le "déterminisme total", ou "univoque". Il y a bien détermination sociale des individus, mais comme il y a plusieurs sources, plusieurs facteurs, plusieurs processus concurrents, le résultat n'est pas "mécanique"... mais on reste dans du déterminisme social (et non biologique par exemple) des comportements.


Synthèse : Montrez, à l’aide de 2 exemples de votre choix, que l’existence de stéréotypes relatifs aux comportements des garçons et des filles a des effets en partie autoréalisateurs.

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