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Activité 2 - Comment les usages de la monnaie s’encastrent-ils dans les rapports sociaux ?

Objectif :
- Montrer que la monnaie fait l’objet d’un marquage social : les usages de la monnaie s’articulent à des rapports sociaux, et dépendent de sa provenance.


Exercice 1 : Vous êtes invité à l’anniversaire surprise de votre oncle Bernard. Vous hésitez entre lui offrir un cadeau (qu’il vous reste encore à trouver …), une somme d’argent avec laquelle il pourra s’acheter ce qu’il souhaite ou un chèque cadeau dans une enseigne d’un magasin de jardinage.

 

1) Analyser : Recensez les avantages et les inconvénients de chacune de ces possibilités.
2) Justifier : Quelle solution choisiriez-vous ? Pourquoi ?
3) Justifier : Votre choix aurait-il été le même s’il s’agissait de l’anniversaire de votre meilleur.e ami.e ? celui de votre petit frère ?
4) Synthétiser : peut-on dire que l’usage de l’argent est compatible avec toutes les formes de relations?

 

A savoir : « monnaie » ou « argent » ?

Thunes, flouze, maille, etc. : le langage courant ne manque pas de vocables pour désigner ce qui est aussi communément appelé « argent », en référence au métal précieux. La plupart des économistes utilisent cependant le concept de « monnaie », le rattachant à ses fonctions d’instrument de paiement, d’étalon de mesure et de réserve de valeur (voir activité 1) et parlent de « création monétaire ». En sociologie, le concept « d’argent » est plus souvent utilisé, pour le différencier des travaux des économistes sur la monnaie et pour conserver à cet objet le terme qui lui est donné par le sens commun, puisque les sociologues s’intéressent particulièrement aux usages sociaux de l’argent. Notons toutefois qu’aussi bien chez certains économistes que chez certains sociologues ou anthropologues, les termes « monnaie » et « argent » sont parfois utilisés indifféremment.

 

Doc. 1 : L’argent dans le couple.

Tout d’abord, une analyse statistique des données de l’enquête « Budget des familles » de l’Insee permet de dégager quelques résultats généraux. D’une part, il n’y a pas équivalence parfaite entre un euro gagné par l’homme et un euro gagné par la femme. D’autre part, les dépenses d’un ménage sont influencées, au-delà du statut social du « chef de ménage », par les caractéristiques des deux conjoints : certains postes budgétaires sont clairement sexués. Une deuxième partie s’appuie sur une série d’entretiens ethnographiques réalisés avec des femmes de classes sociales, d’âges et de parcours différents, pour tenter de rentrer dans la « boîte noire » du couple et d’expliquer pourquoi il n’y a pas équivalence entre l’argent gagné par l’un ou par l’autre : concrètement, on a pu observer une grande variété de modes de gestion de l’argent, et il existe des conditions sociales à la mise en commun, plus ou moins extensive, des ressources. […]

Le cas où cette affectation différenciée des deux salaires est la plus explicite est celui d’Hélène, 48 ans, assistante parlementaire mariée à un cadre dirigeant : « Par exemple, si tu prends notre budget… moi je me suis jamais occupée par exemple ni des charges de copropriété, ni de l’électricité, ni du téléphone, tout ce qui est… tout ce qui est ce poste-là, c’est Jacques. Par contre, la femme de ménage, ses cotisations, son salaire et ses cotisations sociales, ça, c’est moi. »

Ici, le salaire et les cotisations sociales de la femme de ménage ne font pas partie des charges liées à l’appartement, qui sont du ressort de l’homme. En revanche, le salaire d’Hélène paie les courses quotidiennes, les petits équipements de la maison, et ses dépenses personnelles (vêtements…). Le poste budgétaire « femme de ménage » est ainsi payé par Hélène avec l’argent qui est à la fois le sien et celui de « l’intendance » (selon ses mots) du ménage. Elle doit donc arbitrer entre la femme de ménage d’une part, la nourriture et l’équipement de la maison d’autre part, et ses dépenses personnelles, enfin. En d’autres termes, le ménage relève de sa responsabilité et elle peut choisir de le faire ou de payer quelqu’un pour le faire. [...]

[I]l apparaît, tant à l’analyse des données de l’enquête « Budget » qu’à celle des entretiens, que, lorsque les revenus de l’un ou de l’autre des conjoints sont élevés, il privilégie des dépenses qui lui sont propres. Les revenus des hommes et leur statut social en particulier semblent bien liés aux dépenses d’automobile et de technologie, l’informatique notamment. Ce sont des « biens supérieurs masculins ». Ils dessinent un pré carré masculin, dans lequel est investi l’argent qui n’est pas collectivisé, qui reste « l’argent de l’homme ». Du côté des biens liés au revenu féminin en revanche, on a vu que les services domestiques étaient un « bien supérieur féminin », dont la consommation est liée aux revenus de la femme bien plus qu’à ceux de l’homme. Ceci rejoint à nouveau les résultats des enquêtes « Emploi du temps » : l’alternative demeure, pour les femmes, entre payer ces services ou accomplir elles-mêmes la plupart des tâches domestiques. On note qu’il s’agit là encore d’un bien collectif financé par l’argent de la femme.

Source : Roy Delphine, « L'argent du « ménage », qui paie quoi ?. », Travail, genre et sociétés 1/2006 (N° 15) , p. 101-119. URL : www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2006-1-page-101.htm.

1. Expliquez. Quelles sont les deux méthodes utilisées par Delphine Roy pour étudier les dépenses des ménages ?
2. Illustrez. Relevez les exemples du texte qui permettent à Delphine Roy d’affirmer que « certains postes budgétaires sont clairement sexués » ?
3. Définir. Rappelez ce qu’est un bien supérieur en économie (voir fiche méthode sur l’Elasticité revenu), ainsi qu’un bien collectif.
4. Analysez : Quelle différence est observée entre les « biens supérieurs masculins » et les « biens supérieurs féminins » ? Que pouvez-vous en conclure ?
5. Synthétiser : Pourquoi peut-on dire que les rapports monétaires dans le couple peuvent refléter des inégalités de genre ?


Doc 2 : L’argent des prostituées.

« Par rapport à la plupart des salaires féminins, les revenus des prostituées sont élevés, d’autant plus qu’étant non déclarés, ils ne sont pas soumis à l’impôt[1]. Tout semble indiquer une économie divisée : d’un côté, des revenus légaux, tels que les allocations, qui sont utilisés pour le logement et les dépenses courantes ; de l’autre côté, l’argent de la prostitution, l’argent « sale », qui est dépensé, gaspillé en alcool, drogue vêtements … Une économie fondée sur le sacrilège. Pour la plupart des femmes, il ne reste rien, même après 20 ans de travail, comme si l’argent facile était facilement dépensé. Alors qu’elles rêvent d’une profession indépendante – s’établir comme esthéticienne, acheter une boutique de mode, ouvrir un salon de coiffure – elles parviennent tout au plus, et dans des cas exceptionnels, à acheter leur maison. Une enquêtée résume ce sentiment que l’argent doit circuler : « J’ai une vie vide, je mange, je dors, je gagne de l’argent, je dépense mon fric, c’est tout. »

Source : Balazs Gabrielle. Backstreets [Le marché de la prostitution]. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 104, septembre 1994. Le commerce des corps. pp. 18-24. www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1994_num_104_1_3109

1. Identifier. Relevez dans le texte les deux adjectifs utilisés pour qualifier l’argent issu de la prostitution.
2. Expliquer. Cet argent est-il utilisé de la même manière que les « revenus légaux, telles que les allocations » ? Justifiez.
3. Expliquer. Comment la prostituée enquêtée justifie-t-elle cette utilisation différenciée ?
4. Expliquer : Prenons l’exemple des gains de jeux et celui des primes de fin d’années. Pensez-vous que ces sources de revenus fassent, comme l’argent issu de la prostitution, l’objet d’un usage spécifique de la part des individus ? Justifiez.
5. Analyser. Dans ces exemples peut-on dire que la monnaie est un « équivalent général» (voir Activité 1) ? Justifiez.

 

"Le Salon de la rue des Moulins" (1894), de Henri de Toulouse-Lautrec, conservé au musée Toulouse-Lautrec, à Albi.

 

Synthèse de l’activité : A en croire les adages tels que « l’argent n’a pas d’odeur » ou qu’ « un sous est un sou », l’argent ne porte pas la trace de sa provenance et il est donc inutile de s’en soucier. Les exercices et documents précédents confirment-ils cette idée ? Justifiez.

 



[1] L’auteure évoque ici les revenus issus de la prostitution non déclarés puisque les revenus déclarés de la prostitution sont imposés : Les revenus tirés de la prostitution doivent, en application du 1 de l'article 92 du CGI, être regardés comme relevant de la catégorie des bénéfices non commerciaux (CE, arrêt du 4 mai 1979, n° 9337)

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