TD 1 - A quoi servent les stocks-options des dirigeants dans certaines entreprises ?

Catégorie parente: Entreprises et Organisations
Catégorie : Les organisations : lieux de conflit ou de coopération ?
Mis à jour le jeudi 22 septembre 2011 20:27
Publié le jeudi 25 août 2011 11:42

Objectifs :
- montrer que les questions de conflit et de coopération se posent également entre actionnaires et gestionnaires d'une entreprise
- introduire les théories de l'agence et des asymétries d'information
- argumenter

Document 1

source : "Adieu bonus et parachutes dorés, voici le décret qui va les encadrer", La Voix du Nord, mardi 31.03.2009

Questions sur le document 1 :
1. Calculer : Calculez la part des revenus générés par les stocks-options dans les revenus des PDG de LVMH, L'Oréal et Danone en 2007.
2. Calculer : Supposons qu'en 2011 un dirigeant se voit attribuer 100.000 stock-options lui permettant d'acquérir les actions de la société qu'il dirige à un cours de 25 € (le cours de l'action étant de 22 € au moment de l'attribution). Calculez les revenus qu'il obtiendrait s'il exerçait les droits offerts par ses stock-options dans les cas suivant :
         - il exerce immédiatement ses droits
         - il exerce ses droits en 2012 alors que l'action vaut 27€
         - il exerce ses droits en 2012 alors que l'action vaut 30€
         - il exerce ses droits en 2013 alors que l'action vaut 23€
         - il exerce ses droits en 2013 alors que l'action vaut 35€

Document 2

On envisage traditionnellement le gouvernement d'entreprise dans l'optique de la relation de mandat (principal-agent). Les investisseurs (les mandants) font appel à des gestionnaires (les mandataires) pour exploiter les entreprises pour leur compte. Les intérêts et les objectifs des investisseurs et des gestionnaires sont différents. Le gouvernement d'entreprise a trait à la façon de concilier les intérêts des deux parties et de faire en sorte que les entreprises soient exploitées au profit des investisseurs. (...) Le premier effet potentiel du gouvernement d'entreprise auquel on s'intéresse est relatif aux incitations. Les modèles fondés sur la relation de mandat montrent que pour harmoniser les intérêts des actionnaires et ceux des gestionnaires, il faut un lien étroit entre la rémunération du gestionnaire et les performances de l'entreprise, mesurées notamment par la valeur de celle-ci (...) Ces dernières années, on a vu se développer très sensiblement une forme de rémunération des dirigeants : l'attribution d'options d'achat d'actions [les stock-options]. Ces options permettent de mieux coupler la rémunération et les résultats. Étant donné que la rémunération des dirigeants n'augmente qu'au-dessus du prix d'exercice, un lien très puissant peut s'établir entre la rémunération et les résultats à un niveau donné de rémunération anticipé.

Colin Mayer, "Gouvernement d'entreprise, concurrence et performance", OCDE, Revue économique n° 27, 1996

Questions sur le document 2 :
1. Distinguer
: Au sein d'une entreprise, qu'est-ce qui distingue le gestionnaire de l'investisseur ?
2. Expliquer :
Expliquez la phrase soulignée.
3. Expliquer :
Pourquoi, si les gestionnaires ne dirigent pas l'entreprise dans l'intérêt des actionnaires, ces derniers ne peuvent pas toujours prendre des mesures de rétorsion ?
4. Expliquer :
Dans ce cadre, expliquez l'intérêt pour les actionnaires des stock-options comme mode de rémunération des gestionnaires.

Document 3

La mise en place d'un système de stocks-options soulève plusieurs problèmes. 1) Le système a pu être utilisé non comme un système d'incitation mais comme un moyen de contourner les charges sociales sur les hauts salaires. La législation n'a cessé d'évoluer pour contrecarrer le détournement des stocks-options et pour en ramener l'usage à leur fonction première. 2) Avec les stocks-options, la rémunération des dirigeants surfe sur le cours boursier, à la hausse comme à la baisse. Or la tendance générale du marché a un effet d'entraînement sur l'ensemble des actions quel que soit le mérite du dirigeant concerné. Sans doute, le cours d'une société qui se défend mieux que les autres se distingue, mais cela ne la prémunit pas contre une baisse générale ; inversement, une action pourra profiter d'une hausse générale malgré les médiocres performances des dirigeants. C'est pourquoi on peut préférer mettre en place d'autres systèmes d'incitation indexant la rémunération des dirigeants sur des indicateurs de performance déconnectés de la volatilité des marchés (croissance de l'activité, résultats et cash flow, « création de valeur »). 3) Si les stocks-options ont une fonction d'incitation sur les dirigeants qui prennent les grandes décisions, elles peuvent aussi concerner les salariés chargés d'appliquer ces décisions. Faut-il les réserver aux hauts dirigeants ou les offrir à tous ? Le groupe Vivendi a ouvert la voie à une distribution générale de stocks-options à tous ses salariés (opération complexe pour un groupe mondial, en raison des différences de régimes sociaux et fiscaux selon les Etats). Cette politique ne remplace pas l'obligation légale de participation des salariés aux fruits de l'expansion, qui peut aussi se traduire par l'attribution d'actions de la société. 4) Enfin les stocks-options peuvent avoir un effet pervers. Les dirigeants disposent des leviers de commande de l'entreprise, ils sont donc en mesure de provoquer des opérations susceptibles de doper le cours de l'action au moment où ils entendent céder leurs titres. Ils peuvent aussi profiter de leur information privilégiée pour vendre avant qu'interviennent les conséquences d'une mauvaise annonce ou d'une anticipation de difficultés durables (ce que firent les dirigeants d'Enron quatre mois avant le dépôt de bilan).

Laurent Batsch, Le capitalisme financier, Repères, La découverte, 2002, p 29-30

Question d'argumentation: A l'aide des 3 documents ci-dessus, vous vous interrogerez sur l'efficacité des stocks-options comme moyen de résoudre les intérêts divergeants des actionnaires et des gestionnaires d'une entreprise.


Remarque : les stock-options pour dirigeants ne concernent qu'une partie des entreprises, essentiellement les sociétés anonymes côtées en bourse. La grande majorité des dirigeants d'entreprises n'en bénéficient pas.

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